vendredi 19 novembre 2010

Violence contre homosexuels à St. George (Nouveau-Brunswick)

Article en anglais : http://www.cbc.ca/canada/new-brunswick/story/2010/11/19/nb-st-george-assault-1222.html.

Le présent article du blog restera affiché jusqu'à ce que l'on prouve que l'article est faux ou que la collectivité de St. George fasse le nécessaire afin d'éviter que de tels actes se reproduisent.

vendredi 12 novembre 2010

Par ici, la passerelle

Avant de passer à mon commentaire principal, voici un peu de contexte. Au Québec, les immigrants doivent inscrire leurs enfants dans les écoles françaises. En principe, les seuls enfants qui peuvent fréquenter les écoles anglaises publiques (financées entièrement par le gouvernement provincial) sont ceux et celles dont au moins un parent a fait ses études en anglais au Canada. Ceux qui viennent de l'extérieur du Québec doivent avoir déjà été inscrits dans une école anglaise ailleurs au Canada avant de déménager à Québec, ou avoir une sœur ou un frère qui était inscrit dans une école anglaise avant le déménagement. Dans chaque cas, au moins un des parents doit être citoyen canadien, à moins que le parent ait été scolarisé en anglais au Québec.

L'objectif est de faire en sorte que tous les immigrants qui s’établissent au Québec envoient leurs enfants à l'école française. En raison d’une échappatoire, certaines personnes dont les enfants ne sont pas normalement admissibles à l'enseignement en anglais au Québec envoyaient leurs enfants à des écoles anglaises privées pour un an. Après cela, les enfants étaient admis dans les écoles publiques anglaises. Le gouvernement provincial a adopté une loi pour mettre fin à cette pratique, mais la loi a été déclarée inconstitutionnelle. Plutôt que d'utiliser la « clause nonobstant », tel qu’il est prévu dans la Charte des droits et des libertés, le gouvernement du Québec a récemment choisi d'adopter le projet de loi 115, qui établit des critères plus sévères pour l’admission des enfants à l'école anglaise de cette manière.

Voilà pour la mise en contexte. Passons à mon commentaire :

On a toujours dit aux écrivains en herbe qu’il valait mieux écrire à propos de ce que l’on connait. Tasha Kheiriddin est Montréalaise, donc Québécoise, et devrait alors connaître le Québec et son système d’éducation. Mais on dirait que ce ne soit pas le cas. Un éditorial du National Post signé par Mme Kheiriddin et intitulé Quebec chooses language purity over prosperity (« le Québec préfère la pureté linguistique à la prospérité ») en est un bon exemple. En voici un extrait que j’ai pris la liberté de traduire :

« Mais quand il est question des enfants, les choses changent. Les parents veulent préparer leurs enfants à se mesurer au monde, et non seulement à la province. Si leurs enfants ont déjà été éduqués ailleurs en anglais, les placer à l'école française pourrait avoir des conséquences non seulement pour leurs compétences linguistiques, mais aussi pour leurs notes dans toutes les matières. Sachant à quel point la plupart des immigrants valorisent l'éducation, c'est un risque que beaucoup ne veulent pas prendre. Et pour les immigrants qui proviennent d’ailleurs au Canada et qui s’établissent au Québec, il est carrément discriminatoire qu’ils puissent se déplacer à l’intérieur de leur nouveau pays mais qu’ils ne peuvent pas ensuite inscrire leurs enfants à l’école dans la langue de leur choix. »

Contrairement à Mme Kheiriddin, je ne suis pas Québécois et mes connaissances sur le Québec sont limitées. Mais en cette belle époque d’Internet, les renseignements sont plutôt faciles à obtenir afin de pouvoir avoir l’heure juste sur une question. Dans ce cas, j’ai consulté une page Internet du gouvernement québécois qui porte sur la question de l’éducation, et j’y ai trouvé les règles décrites ci-dessus. Évidemment, la question de la citoyenneté canadienne est alors d’une importance capitale. Comme pour bien des choses, la citoyenneté entraîne des privilèges. Bien des immigrants restent longtemps des résidants permanents avant d’obtenir la citoyenneté. Si le déménagement du parent au Québec est inévitable pour des raisons d’emploi ou autre, il est vrai que cela puisse avoir des conséquences pour l’éducation de l’enfant.

Et pourtant, il s’agit là d’une vision plutôt bornée. Combien d’enfants anglophones du Canada resteront unilingues parce qu’ils n’ont pas la chance de côtoyer des francophones et de recevoir une éducation en français? Je veux bien comprendre que l’on n’aime pas que le rendement scolaire souffre lorsqu’un déménagement dans une région de culture et de langues différentes est inévitable. Mais il faudrait alors faire le procès du système scolaire qui résume les apprentissages et les expériences éducatives à une série de notes. Lorsque l’on fait l’examen du rendement d’un employé, l’on ne parle pas seulement de choses quantifiables, comme le nombre de pneus posés ou de mots traduits. Il y a aussi les choses qui ne sont pas quantifiables, comme les relations avec les clients et les collègues de travail, et la capacité de régler des problèmes. On pourrait bien faire la même chose à l’école, non?

Mais revenons au sujet…

Que veut dire Tasha Kheiriddin lorsqu’elle écrit que les immigrants qui arrivent au Québec d’une autre région du Canada ne peuvent pas faire éduquer leurs enfants dans la langue de leur choix? Pour Mme Kheiriddin, « langue de leur choix » est un code qui signifie « anglais ». Sinon, il y aurait sûrement eu des écoles publiques polonaises et russes en Ontario, et des écoles ukrainiennes au Manitoba. Car, si les immigrants de la France arrivent en Alberta ou en Ontario, Mme Kheiriddin sera sans doute ravie de leur offrir l’occasion de s’éduquer en anglais.

Dans bon nombre de provinces, n’entre pas qui le veut à l’école française. Au Nouveau-Brunswick, pour qu’une élève puisse être inscrite à l’école française, elle doit être francophone, avoir un parent francophone, ou être ni francophone ni anglophone. Dans d’autres provinces, les critères pourraient être encore plus restrictifs. Alors, pourquoi s’indigner du fait que le Québec applique le même principe à l’égard de l’anglais?

Et pourquoi une éducation en français ne permet-elle pas aux enfants de faire face au monde? Croit-elle que l’éducation en français est inférieure à l’éducation anglaise? Pourquoi? Et de quelle façon?

L’idée principale de l’éditorial est que le projet de loi 115 qui a été adopté tout récemment a des failles. Là-dessus, même les francophones sont d’accord, bien que ce soit pour des raisons différentes. Mais Mme Kheiriddin s’insurge contre la création d’un autre niveau de bureaucratie pour appliquer une loi qui, à son avis, fait savoir aux personnes non francophones qu’elles ne sont pas les bienvenues au Québec. Que l’on n’aime pas la bureaucratie au Québec, on a le droit. Que l’on suppose qu’une nouvelle loi entraînera automatiquement une nouvelle bureaucratie, on a le droit aussi, bien qu’il faille ensuite le prouver. Que l’on dise que cela signifie que les nouveaux arrivants ne sont pas les bienvenus s’ils ne parlent pas le français, c’est autre chose. Le Canada impose, comme condition d’entrée au pays, que les immigrants connaissent l’une ou l’autre des deux langues officielles ou s’engagent à apprendre l’une d’elles. Si le Canada peut imposer une telle condition, pourquoi le Québec ne peut-il pas imposer des conditions concernant les écoles publiques?

Plus loin, Mme Kheiriddin se plaint de l’infrastructure municipale qui se dégrade et les temps d’attente dans les hôpitaux qui n’en finissent plus. Elle est d’avis qu’il serait mieux d’investir l’argent qui servira à l’application de la Loi 115 à améliorer l’infrastructure et à régler le problème des temps d’attente. Mais ce n’est pas seulement le Québec qui est aux prises avec de tels problèmes. Que devrait éliminer le gouvernement ontarien afin d’améliorer enfin l’infrastructure municipale d’Ottawa et de Toronto?

Mme Kheiriddin décrit cela comme étant une préférence de la pureté linguistique aux dépens de la prospérité économique. (Il faudrait, d’ailleurs, définir « pureté linguistique », mais passons…) Ce qu’elle ne dit pas c’est pourquoi l’une doit nécessairement empêcher l’autre. L’éditorialiste ne semble pas accepter la possibilité que les deux puissent coexister et même être complémentaires. Elle dit aussi que le Québec se prive de jeunes immigrants en appliquant sa politique linguistique à une époque où la population est vieillissante. Que dire alors de l’Espagne, du Mexique, de la Suède, de l’Allemagne, de l’Italie, du Brésil? Si l’on déménage dans un nouveau pays, il faut bien apprendre la langue en usage. Et si l’on déménage dans une nouvelle province, il faut bien apprendre la langue en usage dans cette région également.

Enfin, elle s’insurge contre les paiements de péréquation que reçoit le Québec malgré sa politique linguistique. Elle dit que les garderies à sept dollars par jour et le service de fertilisation in vitro gratuite sont offertes seulement parce que le Québec reçoit ces paiements. Or, si c’était une province anglophone qui appliquait une version anglaise de la Charte de la langue française et qui offrait des services de garde à sept dollars par jour, est-ce qu’elle fustigerait cette province aussi?

Les deux solitudes existent toujours. Et certaines personnes et institutions semblent décidées à assurer leur existence.

mercredi 10 novembre 2010

Crise alimentaire

Il y a quelques semaines j’écoutais un reportage à Radio-Canada, dans le cadre de l’émission La semaine verte, sur la crise alimentaire mondiale à venir. Il a été question, entre autres, de la culture du Jatropha Curcas en Inde, bien qu’il m’a fallu un peu de temps pour bien cerner le nom de cette plante. (Pendant l’émission, on parlait de « jatrophe ».)

S’agit-il de l’aliment miracle qui permettra à tous de manger à leur faim? Loin de là! Il s’agit plutôt d’une plante qui, pendant un certain temps, semblait prometteur comme source de biocarburant. Contrairement aux plantes comestibles, comme le maïs, le Jatropha Curcas est toxique. On se pose la question à savoir si la culture du maïs pour la production énergétique est morale étant donné nos besoins en alimentation à prix abordable. La question ne se pose pas pour les plantes non comestibles comme le Jatropha Curcas.

Or, dans le reportage, on apprend que la culture du Jatropha Curcas entraîne tout de même un questionnement moral d’un autre ordre. Dans une région de Chhattisgarh, en Inde, vivent 18 familles auxquelles une terre en propriété collective a été arrachée par les autorités. Les familles ne peuvent plus y faire pousser leur nourriture et ne peuvent ni se nourrir elles-mêmes ni nourrir leur bétail. Elles dépendent maintenant de dons alimentaires.

Ces familles voient peu les avantages d’une plante comme le Jatropha Curcas. La plante n’est est toxique autant pour elles que pour leurs animaux, elle ne peut pas servir au chauffage, et comme aucune des familles n’a de voiture motorisée, elles ne leur sert pas non plus comme carburant. Bref, la plante ne leur sert pas.

Les autorités prévoyaient faire la culture dans des terres dites « infertiles et dégradées », car on disait à l’époque que la plante nécessitait moins d’eau et pouvait pousser presque n’importe où. Le problème est qu’un grand nombre de régions que l’on disait arides et semi-arides étaient en fait habités et exploités par des communautés locales et autochtones. On a souvent fait usage de force à l’endroit de populations vulnérables, violant ainsi leur droit à la subsistance.

Il y a aussi toute la question de la disparition d’une culture humaine. Ces gens vivaient de la terre depuis au moins des décennies, peut-être même des siècles. En leur arrachant la terre et le droit de s’en servir pour vivre, on met fin à une véritable tradition. Ce n’est pas le prix de la modernité, car la modernité permet d’améliorer la production sans mettre en péril un mode de vie. Dans ce cas-ci, le mode de vie a été carrément chambardé parce que d’autres y voyaient une occasion de faire beaucoup d’argent.

Or, le comble est que l’expérience semble vouée à un certain échec. Oui, la plante peut pousser dans des terres moins fertiles, mais son rendement n’est pas à la hauteur des attentes. « Il ne s’agit pas d’une culture friche. Il lui faut de l'engrais, de l'eau et une bonne gestion », peut-on lire à son égard dans un autre reportage sur Internet.

Dans le même reportage, on parlait de Sénégalais qui faisaient la pêche au large des côtes du pays. Le seul outil moderne du pêcheur sénégalais était un moteur hors-bord. Mais la pêche n’était pas tellement abondante en raison des grands navires de pêche provenant d’autres pays et ayant les moyens de prendre plus de poissons à la fois. Lorsque la prochaine génération aura atteint la maturité, restera-t-il quelqu’un pour apprendre aux jeunes comment pêcher selon cette méthode traditionnelle? Le cas échéant, restera-t-il du poisson?

mardi 2 novembre 2010

Qui perd sa foi

Qui perd sa langue perd sa foi, nous dit-on. Mais que dire des gens qui ont perdu la foi tout en maintenant la langue?

Les lecteurs réguliers connaissent ma pensée concernant l'existence d'un être suprême. Bref, je n'y crois pas. Or, le contexte franco-acadien du Nouveau-Brunswick fait en sorte que la religion se mêlait facilement à cet enseignement général qui, selon une toute nouvelle Charte des droits et des libertés, devait être neutre sur le plan religieux, du moins selon la jurisprudence.

Sans que cela ne me plaise, je comprends quand même le fondement historique de cette coexistence. Comme au Québec, l'enseignement en français au Nouveau-Brunswick a été longtemps l'affaire des religieux et des religieuses. S'il y avait sans doute l'espoir de recruter quelques serviteurs de plus pour l'Église, il y avait aussi, surtout pour les prêtres et nonnes qui étaient originaires de la province, un désir de voir au développement de la société acadienne. Et qui dit développement socioéconomique dit éducation.

Avant 1872, l'éducation des jeunes se trouvait dans un état lamentable dans la province en général et chez les Acadiens en particulier. Pendant quelques années, un ministre provincial, George Edwin King, mènera un mouvement pour changer les choses. Il préconise un système d'écoles publiques non confessionnelles pour remplacer les écoles séparées (donc, religieuses) qui existaient alors. L'éducation serait gratuite, c'est-à-dire, payé à même les fonds publics, et elle serait offerte à tous sans égard à la langue, la religion, le sexe et la situation économique de la famille de l'élève.

Or, le système des écoles séparées permettait aux quelques Acadiens qui se faisaient éduquer de recevoir une éducation qui était non seulement conforme à leur foi, la religion catholique romaine, mais aussi dans leur langue, le français. Les catholiques anglophones, bien que généralement peu enclins à soutenir la cause française, voulaient quand même conserver leurs écoles séparées. Devant ce manque de soutien pour les écoles non confessionnelles, M. King retire d'abord son projet de loi.

Cependant, quand il est devenu chef du comité exécutif provincial (aujourd'hui, nous l'appellerions le premier ministre), M. King est revenu à la charge avec un projet de loi semblable et fait face à la même opposition au public et chez bon nombre de députés. Il a fallu, en bout de ligne, offrir des postes alléchants à deux opposants afin qu'ils se rangent du côté de l'administration pour que la Common Schools Act soit enfin adoptée. (Le bilinguisme officiel n'existait pas à l'époque. D'autres parleront de la Loi des écoles communes ou tout simplement de la Loi scolaire de 1871. La Loi est entrée en vigueur en 1872.)

Cette nouvelle loi interdisait la présence de tout emblème religieux dans l'édifice scolaire, ainsi que le port de l'habit religieux par les enseignants membres d'ordres religieux. En plus, les personnes qui voulaient quand même que leurs enfants fréquentent une école religieuse devaient payer deux fois, soit la taxe imposée par le gouvernement pour l'éducation publique, même si leur enfant ne fréquentait pas l'école, et les droits de scolarité de l'établissement non public. Si cela peut nous paraître normal aujourd'hui, ce n'était pas le cas au cours des années 1870.

Au cours des quelques années qui suivront, les catholiques, encouragés par leurs chefs spirituels, manifesteront contre cette loi de diverses façons,. En 1875, un événement tragique survient. À la suite d'une manifestation devant la maison d'un membre du comité exécutif provincial, on dépêche des miliciens à Caraquet. Réunis dans une maison pour discuter des événements, certains Acadiens se cachent dans le grenier en voyant l'arrivée de la milice. Dans les minutes qui suivront, deux personnes trouveront la mort, soit un milicien, John Gilford, et un Acadien, Louis Mailloux. Si le nom du milicien reste aujourd'hui peu connu, celui de l'Acadien est maintenant porté par une école à Caraquet.

Voulant éviter que de tels événements ne se répètent, et craignant peut-être aussi des réactions du reste du pays, l'administration provinciale offre un compromis. Le port de l'habit religieux est permis et la catéchèse pourra être enseignée à l'école en dehors des heures officielles d'instruction. Ce compromis sera accepté par le clergé qui encouragera alors ses ouailles à payer les taxes qui s'imposent et à y envoyer leurs enfants.
Qu'en est-il alors de l'éducation en français? Cette question fera l'objet d'un autre combat que les Acadiens devront mener séparément, et souvent sans l'aide du clergé de l'époque.

En 1867, l'année de la Confédération canadienne, la population acadienne vivait en marge de la société. Certains Acadiens étaient devenus marchands et on dénombrait quelques prêtres dans les deux diocèses d'alors, soit Saint John et Chatham. On attendait encore l'arrivée d'avocats et de médecins. Les Anglais contrôlaient le commerce et le gouvernement.

Quant au clergé, les échelons supérieurs de l'Église catholique au Nouveau-Brunswick étaient occupés par des Irlandais anglophones. Dans son ouvrage, Un siècle de revendications scolaires au Nouveau-Brunswick, 1871-1971, l'auteur Alexandre-J. Savoie nous présente un extrait d'une lettre du fondateur du Moniteur Acadien, Israël J. D. Landry, à l'historien Rameau de Saint-Père :

Il me serait impossible de vous dire toutes les tracasseries dont j'ai été l'objet depuis que j'ai commencé la publication d'un journal acadien. Le clergé irlandais (des comtés de Westmorland et Kent) s'écrie publiquement dans les églises que « M. Landry est venu diviser les catholiques français d'avec les Irlandais, Écossais, etc… » Voici : on craint que les pauvres Acadiens s'instruisent et s'appliquent à conserver leur langue. Le clergé irlandais (qui a perdu sa propre langue) dit qu'il ne doit avoir qu'une seule langue dans ce pays, et c'est l'anglais.

Devant une telle opposition, il aurait peut-être été tentant de faire un pied de nez au clergé. Mais l'Église jouait un rôle tellement prépondérant à l'époque que cela aurait été impensable. Donc, avec l'aide de quelques membres du clergé sympathiques à la cause, les Acadiens ont travaillé pendant de nombreuses années à l'acadianisation du clergé, afin d'avoir un coin d'Église qui leur ressemblait. Sur ce plan, ils ont réussi.

Aujourd'hui, la société acadienne n'est plus ce qu'elle était. Ce peuple sans territoire défini faisait souvent valoir deux caractéristiques jugées immuables : la langue française et la foi catholique romaine. Or, l'Église a perdu des plumes au cours des dernières décennies, peut-être moins en Acadie qu'au Québec, mais le phénomène y est quand même. Un grand nombre d'Acadiens ne sont plus régis par l'Église, mais ils continuent d'afficher un grand attachement à la langue française.

Certains continuent de fréquenter l'Église par respect pour la tradition. Mais il est possible de respecter le passé sans pour autant y vivre. Nous ne sommes plus à l'époque des voitures à cheval et des encriers. Les Acadiens vivent aujourd'hui à l'ère des automobiles et des ordinateurs. L'Acadie, en tant que nation, peut en faire autant.

samedi 30 octobre 2010

Qui mérite la justice?

« Si Edmond Dantès n'avait pas été envoyé en prison pour ensuite réussir à s'échapper, Villefort, Danglars et Morcerf n'auraient jamais obtenu ce qu’ils méritaient. »

Une amie qui visionnait avec moi le film Le Comte de Monte Cristo, avec Jim Caviezel en vedette, me disait que Dieu permettait parfois que de mauvaises choses arrivent à de bonnes personnes dans un dessein précis, et que cela en était un exemple. Alors qu'en est-il d’Auguste Ciparis, un détenu qui a fini par être le seul survivant à Saint-Pierre, en Martinique, à la suite de l'éruption du Mont Pelée?

« Dieu voulait peut-être que le prisonnier vive assez longtemps pour apprendre quelque chose », m’a-t-on répondu.

Que dire alors de toutes les personnes mortes dans la catastrophe, en particulier les bébés qui n'avaient clairement pas des capacités cognitives assez développées pour être tenus responsables d’actes répréhensibles?

« Eh bien, Dieu les a rappelés à lui beaucoup plus tôt. » J’espère que les autres personnes dignes de sa grâce aient connu le même sort.

Mais parlons justement des autres personnes. Méritaient-elles la mort? Ciparis méritait-il de vivre? Comment le dieu judéo-chrétien-islamique a-t-il pu arriver à ces décisions tout en maintenant sa réputation d'être parfaitement juste?

Dans un article précédent, j'ai exposé les raisons pour lesquelles j'avais conclu que le dieu biblique n'existe pas. À l’époque j’ai décrit ce dieu comme ayant les attributs suivants: omniscient, tout-puissant et miséricordieux. Omniscient signifie qu’il sait tout avant même qu’un événement ne survienne. Tout-puissant signifie qu’il peut faire n’importe quoi. Rien ne lui est impossible. Miséricordieux signifie une compassion sans bornes. J’ai expliqué pourquoi je pense qu'il peut bien avoir deux des attributs à la fois, mais pas les trois.

Récemment, je me suis rappelé qu'il avait un quatrième attribut, celui d’être parfaitement juste. Parfaitement juste signifie que tout ce que l'on reçoit comme joie ou peine, ou comme récompense ou souffrance, et qui est la conséquence d’un acte ou d’une omission de la part de Dieu est juste ou mérité.

Pour la présente réflexion, supposons que le processus menant à l'éruption du Mont Pelée est indépendant des agissements de Dieu. Cet être tout-puissant et omniscient aurait pu, tout au plus, décider d’empêcher l’éruption, mais il ne l'a évidemment pas fait. Son choix a été de laisser certains vivre et d’autres mourir. Tout au plus, il a pu décider qui allait vivre et qui allait mourir. Pour être parfaitement juste, quelle aurait dû être sa décision? Et cela va-t-il de pair avec une miséricorde sans bornes?

Est-il possible d'être parfaitement juste et miséricordieux à la fois? Si Ciparis avait bénéficié de la miséricorde, est-ce qu’elle était méritée? En lui permettant de survivre à l’éruption, Dieu a-t-il été à la fois miséricordieux et juste? Est-ce que tous ces gens méritaient vraiment de mourir (même si certains seraient montés au ciel)? Est-ce cela la justice parfaite?

Et Edmond Dantès méritait-il d'être emprisonné seulement pour faire en sorte qu’il puisse plus tard voir à ce que ses ennemis soient punis? Je ne trouve pas cela très miséricordieux. Je ne crois pas que ce soit mérité non plus. Certes, il a été emprisonné à la suite d’actions commises par des hommes. Mais si nous suivons la logique de mon ami, cela devait arriver afin qu'il puisse plus tard exercer sa vengeance et ainsi voir à ce que ses ennemis obtiennent ce qu'ils méritent.

L’on dit que les desseins de Dieu sont mystérieux. Ils sont aussi illogiques.

(NOTA : Selon certaines sources, il aurait eu jusqu’à trois survivants, dont M. Ciparis.)

mercredi 20 octobre 2010

Ne pas jouer le jeu de la foi

« Mais vous – je vous ai entendu le dire – croyez que l'univers s’est créé lui-même à partir de rien, même si vous ne pouvez pas expliquer comment une telle chose a pu se produire, et que la vie s'est également créée par une sorte de processus chimique ou biologique qui vous ne pouvez pas démontrer non plus. Tout cela, c’est de la foi. Et d'ailleurs, je pense qu'elle est beaucoup plus bizarre que la mienne. »

Cet extrait a été publié dans un article de William Gairdner, qui était récemment affiché au http://www.williamgairdner.com/journal/2006/3/14/on-atheism.html. À un moment donné l’article présente une personne qui fait l’affirmation suivante : « Je ne crois pas en Dieu ». À cela, une autre, probablement M. Gairdner lui-même, répond : « Comment êtes-vous arrivé à avoir cette foi? » Il poursuit en disant que la prise de position sur l'existence ou la non-existence de Dieu est en soi un acte de foi.

Il m’avait presque eu. J'ai presque dû admettre que la foi, ou du moins la confiance, y était pour quelque chose en ce qui concerne ma vision naturaliste de l'univers. Puis, il m’est venu à l’esprit que l’on mêlait pommes et oranges. Je ne sais pas si les religionnaires utilisent délibérément ce stratagème ou s’il cela correspond tout simplement à leur vision du monde. De toute façon, j’y ai presque mordu. Voici la version révisée de ce que j’ai passé à un cheveu de publier.

Les scientifiques ont proposé une théorie selon laquelle l'univers s’est formé à partir de rien en suivant strictement les processus naturels. Ils ont fait des observations minutieuses et ont tiré les conclusions qui s’imposent. On peut dire la même chose pour l’apparition de la vie. Les scientifiques ont fait leurs déclarations sur ces deux questions.

Cependant, la science n'a toujours rien déclaré en ce qui concerne l'existence d'un être suprême que l’on pourrait appeler Dieu. Certains scientifiques ne croient pas en Dieu, mais beaucoup d’autres y croient encore. Bien que la science explique les phénomènes du monde sans avoir recours à l’intervention divine, il n'y a toujours rien pour affirmer ou infirmer l’existence de Dieu. Par conséquent, son existence ne relève pas du domaine des sciences.

Il faut donc distinguer entre ce que nous dit la science et ce qu’elle ne nous dit pas. Ma position sur l'existence de Dieu n'est pas fondée sur la science. Je suis arrivé à ma conclusion après avoir pris connaissance des différents arguments philosophiques sur la question et après mûre réflexion. La foi, ou la confiance dans les autorités appropriées, n'a rien à voir avec cette position. J'ai tiré ma propre conclusion. Si la foi est y est pour quelque chose, c’est la foi en mes propres capacités à examiner la question et d'en tirer une conclusion satisfaisante.

Pour ce qui est des questions scientifiques, cependant, si la foi était un acte criminel, je n’aurais d’autre choix que de plaider coupable. Je n'ai ni le temps ni les ressources pour examiner moi-même tous les fossiles ni toutes les données brutes afin de conclure si le changement climatique est causée par l'activité humaine. Je ne peux pas savoir avec certitude que nous avons vraiment été créés à partir de rien. Heureusement, je suis assez intelligent pour comprendre que ce n’est pas parce que je ne peux pas confirmer personnellement une des théories que l'autre théorie doit l’emporter par défaut.

Cependant, j'ai la foi que les scientifiques consciencieux appliqueront la méthode scientifique pour tirer des conclusions logiques. J'ai confiance que les arguments et contre-arguments entre les scientifiques mèneront à de nouvelles connaissances et perspectives, ainsi qu’à un consensus sur diverses questions. J'ai aussi la foi que l’on dénoncera ces pseudo-scientifiques qui ont brisé la confiance que j’ai placée en eux. C'est aux scientifiques de ne pas briser cette confiance. En d'autres termes, ma foi est provisoire. Elle doit être méritée.

Cela diffère de la foi religieuse qui est habituellement absolue. Nous sommes alors tenus de croire que le monde a été créé par un être surnaturel simplement parce c’est écrit ou parce que l’on préfère une vérité absolue. Il n'y a pas de place pour les théories concurrentes (à moins qu’elles émanent de la même source religieuse). La foi n'a pas à être méritée car la source de l’information a déjà été proclamée comme infaillible. Elle ne peut pas se tromper! Et si vous n'avez pas cette foi, un terrible destin vous attend ...

Dans ce sens, c’est tout à fait le contraire de la foi que j'ai.

Donc, lorsque quelqu'un me demandera : « Comment êtes-vous arrivé à avoir cette foi? », j'ai maintenant une réponse : « La foi n'a rien à voir avec ma position sur l'existence d'un dieu. En ce qui concerne la façon dont le monde a vu le jour, ma foi a été méritée et doit l’être continuellement. »

mardi 19 octobre 2010

Respecter son for intérieur

« Ce qu’il faut pour identifier et définir l'homosexualité est un acte. S’il n’y aucun comportement homosexuel, il n’y a pas d’homosexualité, et cela suffit pour refuser d’accorder une protection. » – William Gairdner (http://www.williamgairdner.com/gay-wrongs) (La traduction est de moi.)

M. Gairdner ne mâche pas ses mots quand il parle de droits pour les homosexuels – il s’y oppose carrément. Notons, cependant, sa définition implicite de l'homosexualité. Pour lui, l'homosexualité est quelque chose que l’on fait. Les sentiments sont sans importance.

J’ai de la difficulté à l’avouer, mais il faut le dire : Quand j’ai constaté que j’étais attiré par les filles, ce n'était pas quelque chose que j'avais demandé. J’étais très heureux de vivre ma vie comme jeune enfant de sexe masculin qui aimait le hockey, le baseball, le ballon-chasseur, les chats, la télé, les jeux de société, les bandes dessinées (surtout celles de DC), et la baignade au chalet. Mon contact avec la gent féminine était limité en général à ma mère, à ma sœur, à mes tantes, aux enseignantes, etc.

Vers la sixième année scolaire, j'ai remarqué deux choses. Tout d'abord, ma vue n’était plus ce qu’elle était. (Deux ans plus tard, j’ai enfin commencé à porter des lunettes.) Deuxièmement, malgré mes problèmes de vision, les filles commençaient à me taper dans l’œil. Quelques mois avant, voir le cul d’une femme qui marchait ne m’intéressait aucunement. Mais peu après, il me fallait un vrai effort pour me détacher les yeux d’un cul féminin en mouvement, ou alors elle devait tourner et me faire face.

Puis là, il y avait la poitrine. Je savais que les femmes avaient des seins. J'avais vu quelques seins nus quand j'étais d'âge préscolaire et je pouvais bien voir que les femmes avaient des seins sous leurs vêtements. Mais il y avait maintenant ces nouveaux seins qui sont apparus sur des filles qui n’en avaient pas avant. Bientôt, je pouvais dire lesquelles portaient un soutien-gorge. Quelque chose se passait dans moi.

Lorsque j’allais acheter des bandes dessinées à la pharmacie locale, je voyais des revues avec des femmes nues en page couverture. Dans d'autres circonstances qui me sont maintenant nébuleuses, je me souviens d’avoir pu en feuilleter (mais pas au magasin). J'ai aussi découvert que la télé anglaise ne montrait jamais de nudité, tandis que la chaîne française en montrait très souvent. Cela peut expliquer, du moins en partie, pourquoi je suis devenu francophile.

Si ces revues et films existaient, il devait y avoir d'autres personnes qui, comme moi, étaient fascinées par les corps des femmes. D’après ce que j’ai pu voir, c’était tous des hommes. Mais il n'y avait personne à qui je pouvais parler de ces choses. Heureusement, il y avait des infirmières dans la famille, dont ma mère. Elle avait des livres médicaux à la maison et j'ai commencé à les consulter ... quand ma mère n’était pas là, évidemment!

Au fil du temps, il m’est venu une image plus claire de ce qui se passait en moi. Comme beaucoup d'autres jeunes de mon âge, je vivais la puberté et je me transformais en être sexuel. (Les enfants sont des êtres sexuels, aussi, mais pas tout à fait de la même manière.) Plus précisément, je devenais un être hétérosexuel. Comment le savoir? Pour les raisons suivantes: a) j’étais de sexe masculin, et, b) je m’intéressais sexuellement aux femmes.

Je ne l'avais pas demandé. Une de mes tantes, qui avait sans doute de bonnes intentions, me disais que j’aillais attirer bien des filles en raison de ma grandeur. C'était effrayant! J’ai bien eu à côtoyer les filles à l’école, mais sans plus. Maintenant, elles allaient se trouver constamment dans mon esprit. Ma tante m'a même assuré que ce qui se passait était normal. Puis, le vicaire a aggravé les choses en insistant que j’allais brûler en enfer si je n’arrivais à éradiquer mes pulsions hétérosexuelles.

Il a fallu bien des années, mais j'ai fini par assumer mon hétérosexualité. Je suis ce que je suis et je le serai toujours. Les femmes me fascinent toujours et je me permets maintenant de leur tenir compagnie sans aucun sentiment de culpabilité. Mais comme la puberté est maintenant chose du passé, je peux aussi plus facilement vaquer à d’autres tâches importantes.

Je me rends compte maintenant que j'ai eu de la chance. Je vois à quel point notre société accepte beaucoup plus facilement l'hétérosexualité, en autant qu'elle soit contrôlée au moyen d’institutions comme le mariage. Je ne peux imaginer ce que j'aurais vécu si mon intérêt sexuel s’était plutôt porté sur mes copains mâles.

À mon avis, j'ai toujours été hétérosexuel, du moins depuis la puberté. Mais si l’on croit M. Gairdner, je ne pouvais pas me réclamer le titre d’hétérosexuel avant d’avoir eu enfin des rapports sexuels. Si l'on suit sa définition à la lettre, je ne suis hétérosexuel que depuis l'âge de 19 ans. Alors, j’étais quoi avant? Et qu’étaient tous ces hommes homosexuels avant d’avoir eu des rapports sexuels avec d'autres hommes? Neutres? Ambigus? Indécis?

À en croire M. Gairdner, les homosexuels sont appelés à nier même leur nature. Moi, j’ai été incapable de nier ma nature hétérosexuelle. Je ne vois pas comment je pourrais demander à un homme gai de nier la sienne.